La mutation de l’immobilier vers un systeme de management des batiments (BMS) digitalise

Thierry Colignon explique, en quelques mots, les choix écoénergétiques de la France au travers de la révolution digitale dans le domaine de la gestion des bâtiments.

Depuis plus dix ans, Thierry Colignon se spécialise dans tout ce qui touche à la gestion énergétique et au confort dans les espaces de vie. Il cible actuellement la nouvelle génération des « human centered buildings ». Il est depuis peu le fer de lance en France et en Suisse de la société Priva, un leader dans le domaine du BMS. Outre sa fonction d’accompagnement de l’équipe française pour le développement de Priva en France, il est également actif en tant que Business Developer dans le cadre des développements des services digitaux pour l’optimisation énergétique des bâtiments.

Nous avons eu l’occasion de le rencontrer pour en savoir plus au sujet des thèmes abordés sont relatifs aux impacts de la gestion technique des bâtiments en termes d’économies d’énergie et de confort, le rôle des technologies émergentes dans le cadre de la politique environnementale française et, également, l’engagement réglementaire ambitieux de la France face à la problématique du dérèglement climatique.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la politique française dédiée à la régulation de l’énergie en mettant l’accent sur l’évolution du marché du « BMS » pour répondre à ces défis ?

« Depuis la signature des accords de Grenelle de l’environnement, la France est engagée activement dans la problématique environnementale. L’objectif est de prendre des décisions à long terme en matière d'environnement et de développement durable. Ceci se concrétise par deux axes de développement : l’un, réglementaire, est de faire évoluer les différentes “Réglementation Thermique (RT)1”. A partir de la RT2005 un paramètre déterminant est apparu. Cette réglementation impose une consommation d’énergie maximum par type de bâtiment et par zone géographique. D’autre part, pour encourager les économies, des dispositifs incitatifs accompagnent financièrement les actions volontaires d’économies d’énergie (le changement de chaudière, l’amélioration de l’isolation…). Ces dispositifs sont, par exemple, les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE).

Le volet primordial de la politique énergétique française est le développement des énergies renouvelables. Cet axe impose une caractéristique technique quant à la gestion de l’énergie dans le bâtiment : plusieurs sources d’énergies sont présentes dans un même bâtiment. Il faut être capable de gérer simultanément ces différents producteurs. On en arrive même aujourd’hui à devenir “conso-acteur”, soit à la fois producteur et consommateur d’énergie. Cette complexité de gestion de diverses sources d’énergie va devoir se faire au travers du BMS qui devient de facto le « cerveau » du bâtiment. Si auparavant la régulation énergétique était parcellaire, le BMS se développe actuellement vers des systèmes globaux auto-adaptatifs, proactifs, faisant du “self-learning” où le profil thermique du bâtiment est prédéterminé par les algorithmes de régulation et nous arriverons à termes sur des notions d’intelligence artificielle. »

Quel est à votre avis la plus-value des technologies de l’information et de la communication (TIC) et de la digitalisation dans la mutation de l’immobilier en France ?

« On a tous dans nos poches un appareil qui permet d’avoir les mêmes fonctions qu’un ordinateur, qu’un agenda, qu’un réveil, qu’un appareil photo, qu’une caméra et de temps en temps on l’utilise aussi comme téléphone… ce sont les fameux smartphones. Dans les bâtiments innovants, on arrive finalement à avoir les fonctions du thermostat qui sont déportées sur notre téléphone et on a également toutes les fonctions qui sont liées à la gestion de l’éclairage. L’appareil devient aussi un moyen de réserver une salle de réunion ou de bureaux dans un “open space”. L’interaction entre le bâtiment et l’usager augmente de façon drastique, et c’est un raz de marée que l’on voit apparaître aujourd’hui dans l’immobilier. Ce dernier n’est plus seulement qu’un amas de béton, l’hyper connectivité fait que le bâtiment respire et évolue en fonction du flux des usagers qui y passent. L’opportunité est immense pour gérer et optimiser les espaces du fait de la démultiplication de la communication. Les bâtiments s’en trouvent valorisés, la superficie nécessaire se réduit (bureaux flexibles) pour une même équipe et cela répond en partie à la problématique de l’environnement car on chauffe moins, on refroidit moins… Deux points se distinguent en matière de digitalisation : l’ouverture de nouveaux services (réservation d’espaces…) liés à l’accroissement de la capacité de communication et puis, très important, la capacité de calcul permettant de gérer des “tonnes” de données inutilisées aujourd’hui. »

Quels efforts ont-ils été réalisés jusqu’à présent en France pour réguler l’énergie à l’aide du BMS ? Que fait la France globalement pour réduire la consommation énergétique ?

« Les efforts vont dans le sens de la Directive européenne sur la consommation énergétique des bâtiments qui vise à incrémenter leur efficience énergétique en avec la mise en place implicite de régulation communicante et de systèmes de gestion ou l’intelligence peut être virtuelle (le cloud) ou en mode local (EDGE). Aujourd’hui, on parle de BMS “Building Management System”2 mais aussi de “BOS ou Building Operating System”3 ce qui revient à intégrer un logiciel d’exploitation pour gérer le bâtiment, comme on installe “Windows” ou “Linux” pour utiliser un ordinateur. Pour en revenir à la régulation de l’énergie de confort en France, les seuils énergétiques des RT 2005/2012 limitant la consommation par bâtiment et par zone géographique ont fortement évoluées, réduisant cette consommation réglementaire de 120 kW/m2/an à 50 kW/m2/an. La législation RT 2020 est en préparation, prônant le bâtiment à zéro énergie et même à énergie positive (“BEPOS”). L’immobilier produirait plus qu’il ne consommerait ! Le BMS ou BOS en seront alors l’élément proactif, supervisant l’interaction de la régulation communicante faisant intervenir de multiples paramètres comme la température extérieure, les prévisions météorologiques, le flux des usagers… La clé de voûte des bâtiments connectés – les “Smart buildings” – sera l’interopérabilité entre les systèmes, réalisée par les TIC intégrées. La communication se faisant entre autres avec les systèmes IoT et les applications intégrées Cloud. On décuple ainsi le nombre de données utiles à la gestion. »

Ces mutations entraîneront immanquablement l’apparition de nouveaux profils, notamment dans le domaine de la gestion technique et énergétique des bâtiments. Comment voyez-vous cette évolution ?

« Le métier d’intégrateur de régulation est apparu il y a vingtaine d’années. Avec des compétences dans les domaines de l’automatisme, de l’hydraulique, de la thermique… De nouveaux types de connaissance s’imposent actuellement à ces intégrateurs. Ils doivent gérer et comprendre les notions de réseaux (logiciels) informatiques, des protocoles de communication Web. Demain, on va voir arriver 2 nouveaux types de profils liés à la construction et à l’exploitation d’un bâtiment. Comme tous les métiers du bâtiment vont être amenés à communiquer, arrivera un “Coordinateur Smart Building” en charge de faire le lien entre ces différents métiers et de tirer l’essence même des nombreuses données connectées. Au vu du nombre de ces données, on va avoir besoin d’un “Building Data Manager” avec pour charge de gérer et de qualifier toutes les informations qui arrivent dans un bâtiment.

Quels sont les plans pour 2019 ? Qu’y a-t-il de particulier à l’agenda ?

« 2019 sera une année de transition menant à la RT 2020 sur la base du label BEPOS. Ce dernier est promu par des associations soutenues par exemple par l’EDF. Des pilotes BEPOS, incluant des BMS innovantes vont être développés dans des “labos nationaux” afin de disposer de retours d’expériences pour finaliser la RT 2020. Le fait nouveau est qu’on détermine les économies d’énergies par rapport non seulement à la technologie, mais aussi à l’emplacement géographique (gestion de l’ensoleillement) et à l’humain qui est à l’intérieur (gestion des comportements et du confort) menant aux concepts de “human centered building” et de comportement “éco responsable” des occupants d’immeubles. »

Quelle est la particularité de l’offre de Priva France dans le secteur du BMS ?

« Priva a déjà fait ses armes dans le domaine du BMS en étant leader dans le domaine comme aux Pays-Bas par exemple. Il y a 2 caractéristiques à l’offre de Priva. La première est appelée le “speed & ease” : l’on conçoit les matériels, la logistique, les outils de TIC pour simplifier la vie de l’ensemble des usagers (installateurs, sociétés de maintenance, intégrateur partenaire, utilisateur finaux) qui utilisent le matériel Priva. On ne conçoit pas le matériel uniquement pour sa capacité à réguler, mais en fonction de sa convivialité. Les systèmes d’optimisation d’énergie doivent être simples et efficaces. Une deuxième caractéristique : Priva a pris le virage de la digitalisation avec des développements en cours d’automatisation de la gestion du confort de l’énergie avec des sites pilotes en Allemagne en Suisse et bientôt en France, faisant intervenir des concepts de “self-learning” et de “machine learning” (algorithmes de régulation auto-adaptatifs/prédictifs). Cela est rendu possible aujourd’hui notamment par le Cloud. Priva œuvre afin de procurer aux utilisateurs du bâtiment un climat intérieur sain avec une convivialité ultime. L’objectif est le bien-être des occupants d’un bâtiment.


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